De profundis
Toute jouissance va, tout va, de même le délire des fièvres.
De quoi n'ai-je pas été le témoin !
Quelle brillante renommée ne fut la mienne aux jours de ma gloire!
Quelle capitale ne connut le bruit du sabot de mon cheval ?
Plus vite que le simoun, que de villes n'ai-je pas détruites ?
Quelle grandeur plus grande que moi ? Quelle loi qui ne fut mienne?
Et voici ! Toute jouissance va, tout va de même le délire des fièvres
Sans laisser plus de trace que l'écume sur le sable.
Et la mort est venue sans que personne ne la puisse arrêter.
Mes armées, mes courtisans, ni ceux-là, ni d'autres.
Ecoute la parole qui ne passa jamais mes lèvres:
Aie soin de ton âme ! Jouis en paix au calme de la vie !
Profite en sage de toutes les beautés du monde.
Demain la mort t'enlèvera !
Demain, la terre répondra à ceux qui t'appelleront :
Il n'est plus ! Il est dans mon sein pour l’éternité !

Je croyais éternelles ma puissance et mon âme
Quand soudain se fit entendre la voix de celle qui ne meurt pas.
Alors je réfléchis sur ma destinée, je rassemblai les miens,
Tous sans excepter un seul et je leur dis :
Voyez mes cassettes, mes coffres, toutes ces richesses.
Je vous les donne si vous prolongez d'un jour seulement ma vie sur la terre.
Mais ils tinrent les yeux baissés et gardèrent le silence,
Et moi je mourus ; mon palais devint l'asile de la mort.
0 fils des hommes ! Pourquoi conçois-tu tes ténèbres ?
Pourquoi places-tu ta confiance dans un monde vain ?
Ne sais-tu pas que finalement il ne reste rien !
Ou sont-ils les conquérants, les bâtisseurs ?
D'eux à peine un peu de poudre, plus légère que le souvenir !
0 fils des hommes tu cèdes aux plaisirs faciles et la mort
Cramponnée à tes épaules rit plus fort que toi !
D’après Les mille et une nuits.